Un Certain Regard : Une cérémonie de clôture très politique

Hier soir, à eu lieux la cérémonie de clôture de la sélection « Un Certain Regard », cette section parallèle du Festival de Cannes qui met à l’honneur les voix singulières et les regards novateurs du cinéma mondial, souvent pour des premiers films. Dans une atmosphère à la fois festive et émouvante, les prix ont été décernés à des œuvres qui ont su bousculer, émouvoir et surprendre le public comme le jury. Retour sur les lauréats et leurs réactions à chaud.

Prix Un Certain Regard : LA MISTERIOSA MIRADA DEL FLAMENCO de Diego Céspedes

Synopsis : Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille queer flamboyante et aimante, qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d’une ville minière rude et poussiéreuse. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager – une rumeur affirme qu’elle se transmet par un simple regard, lorsqu’un homme tombe amoureux d’un autre – la communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs. Dans ce western moderne, Lidia se lance dans une quête de vengeance dans un monde rongé par la haine et l’intolérance. Sa famille devient son unique refuge, et l’amour, peut-être, le plus grand des dangers.

Dans les interviews officielles, Diego Céspedes a déclaré :
« J’espère, à travers des personnages sincères aux regards aussi lumineux que fragiles, rendre leur humanité aux victimes, noyées dans l’anonymat que la société de l’époque leur a imposé » 

Prix du Jury : UN POETA de Simón Mesa Soto

Synopsis : L’obsession d’Oscar Restrepo pour la poésie ne lui a pas apporté la gloire. Fantasque et vieillissant, il a succombé au cliché du poète maudit. La rencontre avec Yurlady, une adolescente aux origines modestes en qui il voit un potentiel grandissant, apporte un peu de lumière à son quotidien. Mais l’entraîner dans le monde des poètes n’est peut-être pas la meilleure voie à suivre.

Lors de la cérémonie Simón Mesa Soto a exprimé sa profonde gratitude envers le Festival de Cannes et son équipe. Il a insisté sur la nécessité de « raconter les histoires de la jeunesse colombienne et de leur donner une place sur la scène internationale ».

Prix de la Mise en Scène : ONCE UPON A TIME IN GAZA  Réalisé par Arab & Tarzan Nasser

Synopsis : À Gaza, une famille tente de préserver sa vie quotidienne et ses espoirs malgré le conflit et les restrictions. Le film dresse un portrait intime et universel de la résistance et de la dignité humaine.

Ce prix, longuement applaudis par le public, à été suivit d’un discours émouvant des frères Nasser sur les conditions de vie à Gaza. Les frères Nasser ont dédié leur prix « à la résilience du peuple de Gaza » et ont déclaré : « Ce film est un acte d’amour et de résistance, un témoignage de la vie qui continue malgré tout. »

Meilleur Acteur : FRANK DILLANE dans URCHIN  Réalisé par Harris Dickinson

Synopsis : Frank Dillane incarne un jeune homme errant dans les rues de Londres, confronté à la solitude, la marginalité et la quête d’un sens à sa vie.

Frank Dillane a remercié le réalisateur Harris Dickinson ainsi que toute l’équipe du film, ajoutant : « Ce rôle m’a permis d’explorer la vulnérabilité humaine. Je suis honoré de recevoir ce prix à Cannes. »

Meilleure Actrice : CLEO DIÁRA dans O RISO E A FACA (LE RIRE ET LE COUTEAU)  Réalisé par Pedro Pinho

Synopsis : Dans un Portugal en mutation, Cleo Diára incarne une femme tiraillée entre tradition et modernité, confrontée à des choix décisifs pour son avenir et celui de sa famille.

Lors de la remise de son prix de la Meilleure Actrice pour O Riso e a Faca (Le Rire et le Couteau), Cleo Diára a choisi de s’exprimer en portugais, sa langue maternelle, ce qui a été remarqué et salué par la presse. Elle a évoqué la situation politique actuelle au Portugal, marquée par la montée de l’extrême droite lors des dernières élections, et a déclaré avec émotion : « Não vou baixar os braços. » (« Je ne baisserai pas les bras. »)

Elle a également affirmé que ce prix était un message d’espoir pour toutes les femmes et pour la diversité culturelle, et a remercié l’équipe du film. Sa prise de parole en portugais à été rafraichissante dans un contexte où l’anglais et le français dominent habituellement les discours à Cannes.

Meilleur Scénario : PILLION  Réalisé par Harry Lighton

Synopsis : Deux adolescents britanniques, issus de milieux différents, se retrouvent liés par un secret et prennent la route ensemble à moto, fuyant leur passé et cherchant à se réinventer.

Harry Lighton a remercié le jury et son équipe, évoquant « la nécessité de raconter des histoires de jeunesse et de marginalité, pour ouvrir le dialogue et l’empathie ».

Pour moi cette édition 2025 d’Un Certain Regard restera marquée par la force politique et l’engagement de ses lauréats. Au-delà de la qualité cinématographique, le palmarès a mis en lumière des œuvres qui interrogent les sociétés, dénoncent l’exclusion ou la violence, et célèbrent la résistance sous toutes ses formes.