Le Festival de Cannes 2025 a offert un palmarès marqué par l’engagement politique, la réflexion sur la mémoire et la famille, ainsi qu’une diversité de styles et de provenances. Voici, prix par prix, les œuvres distinguées.
Palme d’or : Un simple accident – Jafar Panahi
Le prix suprême du festival a été décerné à « Un simple accident », thriller iranien réalisé clandestinement par Jafar Panahi, figure majeure du cinéma dissident. Le film débute par une collision routière apparemment anodine, mais bascule rapidement dans un huis clos tendu : Eghbal, accompagné de sa famille, se retrouve face à Vahid, un ancien détenu persuadé de reconnaître en Eghbal son ancien tortionnaire. Ce dernier, hanté par ses souvenirs, kidnappe Eghbal, l’accusant de lui avoir volé sa vie. Le doute s’installe : Vahid se trompe-t-il de cible ou est-il en train de se venger d’un innocent ?
Tourné en Iran malgré l’interdiction de filmer et de quitter le territoire qui frappait Panahi depuis plus de 15 ans, le film a été salué comme un acte de courage et une attaque frontale contre la répression du régime de Téhéran. Jafar Panahi est le deuxième Iranien à remporter la Palme après Abbas Kiarostami pour Le Goût de la cerise (1997).
Lors de son discours le réalisateur à appeler tous les Iraniens à mettre tous leur problème de coté car pour lui « le plus important, en ce moment, c’est notre pays et la liberté de notre pays. » Il a ensuite ajouter « Parvenons ensemble à ce que personne n’ose nous dicter ce qu’il faut mettre comme vêtement, ce qu’il faut dire, ce qu’il faut faire »
Grand Prix : Affeksjonsverdi (Valeur sentimentale) – Joachim Trier
Le Grand Prix du Festival de Cannes 2025 a été attribué à « Affeksjonsverdi (Valeur sentimentale) », réalisé par le Norvégien Joachim Trier. Ce film explore les liens familiaux à travers le regard de Nora, une jeune femme issue d’une famille de cinéastes. Lorsque son père, célèbre réalisateur mais longtemps absent, revient dans sa vie et lui propose de jouer dans son nouveau film, Nora refuse, ce qui ravive de vieilles blessures et expose les fragilités de la cellule familiale. Le récit, construit autour de souvenirs, de non-dits et de la difficulté à transmettre l’amour et les valeurs, interroge la mémoire et la place de chacun au sein de la famille.
Lors de la remise du prix, Joachim Trier a remercié ses comédiens pour leur implication et a dédié ce Grand Prix à toutes les familles qui, selon ses mots, « cherchent à se comprendre malgré les silences et les blessures du passé ». Le film s’inscrit dans la continuité du travail de Trier, déjà reconnu pour ses portraits sensibles et nuancés de personnages en quête d’identité.
Deux films ont reçu le Prix du jury cette année :
Sirât – Oliver Laxe
Ce film suit le périple de Luis et de son jeune fils à travers les montagnes de l’Atlas marocain, à la recherche de Marina, la fille aînée disparue lors d’une rave party. La traversée du désert prend rapidement une dimension initiatique, où chaque silence, chaque paysage, chaque rencontre devient une épreuve sur le chemin de la réconciliation familiale et de la quête de sens.
Sound of Falling – Mascha Schilinski
Le second film à recevoir le Prix du Jury est « Sound of Falling » de la réalisatrice allemande Mascha Schilinski. Ce drame suit sur quatre décennies le destin de quatre femmes d’une même famille vivant dans une ferme isolée. Le récit, construit en fragments, explore la mémoire, le deuil et la transmission, à travers des gestes du quotidien et des silences lourds de sens.
Prix de la Mise en Scène : O Agente Secreto (L’Agent secret) – Kleber Mendonça Filho
Kleber Mendonça Filho a reçu le Prix de la Mise en Scène pour « O Agente Secreto », une adaptation libre du roman de Joseph Conrad, transposée dans le Brésil des années 1970 sous la dictature militaire. Le film met en scène Marcelo, un ancien agent secret, qui tente de se reconstruire à Recife tout en étant rattrapé par son passé et la paranoïa ambiante.
Prix du Scénario : Jeunes Mères – Jean-Pierre et Luc Dardenne
Le Prix du Scénario a été attribué aux frères Jean-Pierre et Luc Dardenne pour « Jeunes Mères ». Ce film plonge dans le quotidien de plusieurs adolescentes belges confrontées à la précarité et à la maternité non désirée. Les Dardenne, fidèles à leur style naturaliste, dressent un portrait sans concession de la société contemporaine et de ses failles, en s’attachant à la force de l’écriture et à la vérité des dialogues.
Prix d’Interprétation Féminine : Nadia Melliti dans La petite dernière (réal. Hafsia Herzi)
Découverte lors d’un casting ouvert organisé lors d’une marche des fiertés, Nadia Melliti a remporté le Prix d’Interprétation Féminine pour son rôle dans « La petite dernière », réalisé par Hafsia Herzi. Elle y incarne Lina, une adolescente franco-algérienne en quête d’émancipation au sein d’une famille traditionnelle. Sa prestation à été salué par la critique, allant jusqu’à la qualifié de « révélation du festival ».
Prix d’Interprétation Masculine : Wagner Moura dans O Agente Secreto (réal. Kleber Mendonça Filho)
Wagner Moura a été distingué pour sa performance dans « O Agente Secreto », où il incarne Marcelo, un agent double tiraillé entre loyauté, culpabilité et désir de rédemption.
Prix Spécial : Kuang Ye Shi Dai (Resurrection) – Bi Gan
Le Prix Spécial a été attribué à « Kuang Ye Shi Dai (Resurrection) » de Bi Gan. Ce film chinois, suit le voyage d’un homme à travers une Chine contemporaine en pleine mutation, où les frontières entre rêve et réalité s’effacent.
Le jury a salué l’audace formelle du film et la capacité du réalisateur à renouveler le langage cinématographique.
Palme d’or du court métrage : I’m Glad You’re Dead Now – Tawfeek Barhom
La Palme d’or du court métrage est revenue à « I’m Glad You’re Dead Now » de Tawfeek Barhom, première réalisation du cinéaste palestinien. Le film met en scène deux frères qui retournent sur l’île de leur enfance, confrontés à des secrets enfouis et à un passé douloureux. “Les Français aiment râler, mais la France est mon foyer et reste un lieu incroyable pour les artistes”, a déclaré le réalisateur palestinien avant de remercier le Festival de Cannes. “Dans 20 ans, quand on ira dans la bande de Gaza, essayons de ne plus penser aux morts”, a-t-il conclu.
Le palmarès de cette édition 2025 du Festival de Cannes incarne la richesse et la diversité des récits portés par le cinéma mondial. Chacun des films récompensés témoigne de la capacité du cinéma à rendre visible l’invisible et à donner une voix à ceux qui sont souvent réduits au silence.
Le festival s’impose ainsi, selon les mots de Cate Blanchett, comme un espace unique où « le cinéma prend vie dans l’espace que nous créons pour en discuter », un lieu où « ces discussions sont encouragées alors qu’ailleurs elles sont mises au pas, mises au service de l’ambition politique nationale et personnelle ». Cannes rappelle que « le cinéma, c’est la vie, le cinéma est dangereux, il est impoli, il est errant, il fend le cœur », et que sa force réside dans cette capacité à relier les expériences humaines, à ouvrir le dialogue et à provoquer l’émotion.
Cette édition 2025 restera marquée par la puissance des œuvres présentées et par la conviction partagée que le cinéma, plus que jamais, est un art essentiel pour comprendre et transformer le monde.
