Ce mardi, lors de la cérémonie d’ouverture de la 78ᵉ édition du Festival de Cannes, Robert De Niro a reçu la Palme d’honneur – distinction symbolique rendant hommage à l’ensemble de son œuvre cinématographique. Logiquement, nous serions tentés de penser que la légende italo-américaine est une des figures les plus importantes de l’histoire de la compétition. Néanmoins, l’histoire est quelque peu différente.
De Niro à Cannes :
De Niro participe pour la première fois au Festival de Cannes en 1976. Un an plus tôt, il inscrivait son nom dans l’histoire du cinéma en recevant l’Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation de Vito Corleone dans Le Parrain, 2ᵉ partie. Par conséquent, il arrive sur la Croisette en tant qu’acteur reconnu. Cette année-là, il réalise l’exploit d’être présent dans deux films :
- 1900 de Bertolucci
- Taxi Driver de Martin Scorsese
Bien que le premier ne soit pas En Compétition, le deuxième est un prétendant sérieux à la Palme d’or. Face à des réalisateurs de renom comme Eric Rohmer, Roman Polanski, Wim Wenders ou encore Alan Parker, Martin Scorsese tire son épingle du jeu et remporte la récompense suprême. Néanmoins, malgré une performance hors du commun, Robert De Niro ne reçoit aucun prix. Les jurés ont davantage été conquis par la réalisation de Scorsese que l’interprétation de son acteur principal. Qu’à cela ne tienne, le tandem remet le couvert huit ans plus tard. Dans La Valse des pantins, Robert De Niro incarne, encore une fois, un marginal en quête de reconnaissance errant dans New York. Bien que les ingrédients et la recette soient similaires, le résultat est moins convaincant aux yeux du jury. La Palme d’or de 1983 est attribuée à La Balade de Narayama et Gian Maria Volonté remporte le prix d’interprétation masculine. Robert De Niro doit alors attendre 1986 et Mission pour être, de nouveau, à l’affiche d’une Palme d’or. Cependant, il ne remportera jamais de récompense individuelle malgré ses 5 participations En Compétition. Il devient alors légitime de se demander s’il existe des raisons expliquant qu’une telle légende du 7ᵉ art n’ait jamais été sacrée à Cannes.
À mesure qu’il gagnait en renommée, Robert De Niro s’est engagé dans des projets états-uniens de plus en plus mainstream. La plupart de ses interprétations légendaires ont donc été mises au service de productions à grand budget dont l’approbation cannoise importe peu. L’éligibilité d’un film au Festival de Cannes dépend d’impératifs artistiques et calendaires auxquels certains réalisateurs ou producteurs ne veulent pas se plier. Par conséquent, la popularité de Robert De Niro l’a enfermé dans un statut de « superstar » qui est difficilement conciliable avec la politique de la Sélection Officielle. Comme le rappelle Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, les films sont « présentés en avant-première mondiale, c’est donc souvent leur première rencontre avec un public exigeant composé de professionnels ou de cinéphiles ». Pour les blockbusters ou les films événements, il existe tout de même la section Hors Compétition. C’est pourquoi, depuis les années 2000, Robert De Niro est venu sur la Croisette uniquement pour des œuvres sélectionnées Hors Compétition. Le Festival a davantage préféré bénéficier de sa renommée que de son talent. Cependant, il serait malhonnête de parler d’injustice à son égard. Dans la deuxième partie de sa carrière, Robert De Niro a sciemment délaissé les rôles de composition au profit de rôle de commande, moins exigeants artistiquement et avec lesquels il est plus difficile de marquer les esprits du gratin cinématographique.
In fine, Robert De Niro est un acteur exceptionnel dont les prix – un Oscar et un Golden Globe de Meilleur Acteur, mais aucun Prix d’interprétation masculine – ne reflètent que partiellement le talent et l’impact. Cette Palme d’honneur permet à celui pour qui les circonstances n’ont pas toujours été favorables, d’inscrire son nom dans la légende d’un festival pour lequel il a « des sentiments très forts ».
