You were never really here de Lynne Ramsay, une bouffée d’air

Une vie en apnée, asphyxiée par la jungle urbaine, voilà le thème du nouveau film saisissant de la réalisatrice Lynne Ramsay !

Sur fond de musique rythmée, nous assistons au combat de Joe, missionné pour retrouver la fille d’un sénateur embrigadée dans un réseau de prostitution. Loin du détective intègre, Joe est un tueur dénué de scrupule, achevant ses ennemis de son implacable marteau. Derrière le requin, se dessine un homme en souffrance, victime d’un traumatisme remontant à l’enfance et à la guerre en Irak. Par le leitmotiv de l’étouffement masochiste au sac plastique, la réalisatrice nous souffle une vérité : la violence du milieu urbain et une société névrosée.

Joaquin Phoenix est à couper le souffle dans le rôle du personnage ambivalent, mi impitoyable, mi humain. Comme une paire de converses agrémentant l’indémodable smoking, il apporte une touche supplémentaire au topos vu et revu de la brute au cœur tendre. Le thème prend une dimension universelle : la lutte pour la vie et le film s’élève au dessus de la nuée des films sans envergure, anecdotiques. L’acteur reçoit le prix d’interprétation masculine, on aurait pu espérer la palme.

L’esthétisme du film, comme le jeu d’acteurs méduse. Les corps vieillis, abimés par la vie, les enfants mutiques à l’allure de poupées de cire sont criants, percutants. You were never really here ne s’essouffle jamais, ne cède jamais à la facilité du pathos.

S’il dépeint merveilleusement l’absence au monde, l’absence du père, nous prédisons que le film ne restera quant à lui pas dans l’oubli.

Marie Tomaszewski

© Le Figaro

Bird people, le voyage à regarder autrement

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Parmi une sélection des films très intenses, parfois chargés de tragédie et même de violence, Bird people (Pascale Ferran, 2014) se présente aux yeux du festivalier et du spectateur comme un joli cadeau, comme une petite pause pour sourire un peu, se laisser porter par la magie du cinéma… et rêver.

Plus que raconter une histoire, Bird people montre une façon de regarder tout/s ce(ux) qui nous entourent. Dès la première minute du film on apprécie la poésie avec laquelle Pascale Ferran nous parle du quotidien; celui des personnages principaux et secondaires, mais qui pourraient être aussi les nôtres.

Le récit central du film comprend deux personnages principaux : Audrey (Anaïs Demoustier) une jeune femme de chambre d’hôtel, et Gary (Josh Charles), un américain ingénieur en informatique. Lui, il a une famille et une carrière professionnelle qui l’étouffent. Il décide alors de faire un changement radical dans sa vie. Elle, le rend amoureux juste par sa façon de vivre et de regarder la vie dans ses détails.

Bird people est l’un des films les plus originaux que j’ai pu voir au cours de la 67ème édition du Festival. L’histoire, les acteurs, la bande son, la poésie, mais surtout, le romantisme d’une rencontre qui n’arrive pas et qu’il faut attendre, on fait de ce film l’un de mes trois coups de cœur de cette quinzaine cannoise.

Le mercredi 4 juin, Bird people sortira en salle en France, peut-être deviendra t-il aussi ton coup de cœur cinéphile de ce printemps ?

Lola Bernabeu

La recette d’un festival de Cannes réussi

 

Voici une recette comme vous n’en trouverez jamais pour un succulent Festival.

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Ingrédients

– 250g de célébrités

– 500g de journalistes

– 400g de visiteurs

– 1,1kg d’accréditations

– 850g de staff (sécurité, organisation…)

– Une centaine de pellicules

– Des marches + 1 tapis rouge

–  21 récompenses

– Des jurys (et leur catégorie : Compétitions, Un certain regard, Cinéfondation, Caméra d’Or)

 

Étapes

1 – Préparez d’abord les célébrités. Versez les 250g dans un saladier (sans oublier les paillettes), puis ajoutez 1/3 des accréditations. Mélangez vivement le tout.

2 – Préparez séparément les journalistes. Versez-en 500g auxquels vous ajoutez le second tiers des accréditations (il est fortement conseillé d’agrémenter avec des caméras et calepins).

3 – Enfin, préparez les autres visiteurs (400g de petits chanceux comme nous) auxquels vous rajoutez le dernier tiers des accréditations (Yeah!).

4 – Versez les trois préparations dans un même saladier. Mélangez jusqu’à obtenir une pâte homogène. Ajoutez délicatement les 850g de staff (essentiel au bon déroulement).

5 – Battez le tout à vitesse moyenne pendant 4 mois.

6 – Ajoutez les pellicules, les marches et le tapis rouge.

7 – Faites chauffer le jury à feux doux pendant 10 jours, puis versez-le encore chaud à la préparation.

8 – Laissez reposer environ 18 heures à l’air libre pour obtenir une pâte ferme.

9 – Ajoutez délicatement une à une les récompenses. Mélangez avec émotion.

10  – Saupoudrez le tout d’une Palme d’Or.

 

Et voilà, encore un festival de passé !

 

A déguster de préférence sous le soleil, et sans élections européennes.

Audrey

Cérémonie de clôture du Festival

 

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Cérémonie de clôture, Samedi 24 mai. Date porte bonheur. En effet nous n’avons été que trois chanceux à obtenir le précieux sésame afin d’assister à la cérémonie de remise de prix.

Lambert Wilson dans son costume marron en maître de cérémonie blagueur.

Prix du jury : Jean-Luc Godard et Xavier Dolan (coïncidence ? Le plus jeune réalisateur est en doublon avec le plus vieux!)

Un public pas vraiment à la hauteur selon nous. Mais selon des sources plus informées, la plupart des conviés n’étaient pas forcément des passionnés de cinéma, mais seulement des personnes ayant obtenu des tickets pour l’évènement.

Dommage… On aurait pensé que l’ambiance allait être plus électrique.

Standing ovation pour Xavier Dolan, le réel coup de cœur de ce 67ème Festival de Cannes. Il a fait un discours très émouvant sur la jeunesse et l’espoir.

La Palme d’Or sera finalement décernée au réalisateur turque, Nuri Bilge Ceylan pour son film « Winter Sleep ».

Kelly Rahman, Illan Gainand, Louisa Mangione

Grand réveil après sommeil d’hiver

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Attribuer la Palme d’or à un film exigeant de 3h16 est en soi une gageure et une marque de courage de la part du jury du 67e Festival de Cannes. C’est l’assurance que cette année, la palme ne sera pas « bankable ». En effet, Winter sleep fait partie de ces œuvres ambitieuses qui ne se donnent pas facilement, qui requièrent du spectateur effort et ténacité mais qui, si le pari est gagné, lui offrent de le transformer. Le film de Nuri Bilge Ceylan (déjà primé à Cannes pour Uzak, Les 3 singes et Il était une fois en Anatolie) raconte l’itinéraire intime, intellectuel et affectif d’un homme qui change. Ce film magistral au cadre impeccable et à la photo d’une beauté à couper le souffle, est avant tout l’œuvre d’un grand styliste.

Le premier plan du film affiche d’emblée sa dimension esthétisante. Un large paysage anatolien, couvert de neige, et à l’avant quelques fumées restant d’un feu éteint. La très grande beauté de cette première image ne fait pas oublier sa dimension symbolique : dans Winter sleep, il sera question de feu et de glace, d’opposition des contraires et de la difficulté de vivre avec autrui. C’est l’histoire d’Aydin, intellectuel brillant, ancien acteur qui préfère se dire comédien et qui, à la faveur d’un héritage, se trouve à la tête d’un hôtel en beau milieu de la Cappadoce. Vivant dans une certaine opulence qui tranche avec le dénuement des populations anatoliennes, Aydin vit avec sa sœur et sa compagne, de vingt ans plus jeune. La vie de ce trio est faite de lectures, de conversations et de quelques bonnes œuvres pour tenter d’améliorer, à petite échelle, le sort des habitants. Aydin a le jugement tranchant, la critique facile et l’assurance du quinqua qui sait faire la part des choses. Partisan d’un islam éclairé, il déplore avec amertume et un brin de cynisme l’évolution de son pays, et pourchasse de ses remarques assassines les petitesses humaines de ses contemporains. Si les références à Shakespeare sont nombreuses dans Winter sleep, c’est peut-être du côté de Molière qu’il faut aller chercher le portrait d’Aydin en misanthrope.

Mais Aydin est un Alceste que les femmes vont, trois heures durant, confronter à ses vérités douloureuses. Ce que raconte le film de Ceylan, c’est avant tout le séisme qui va secouer le trio des personnages alors que l’hiver rude et le repli sur la chaleur des cheminées incitent plutôt au sommeil feutré et au doux ennui des soirées en clair-obscur. Confinés à l’intérieur, les personnages ont tout loisir de parler, de parler d’eux, de faire le bilan de leurs vies et de s’envoyer à la figure quelques constats amers. C’est la sœur d’Aydin qui ouvre le bal, faisant vaciller son identité d’intellectuel engagé peu indulgent avec les autres. Puis c’est au tour de Nihal, la jeune femme, de fustiger l’arrogance d’un mari qui se mêle de tout en la traitant d’enfant. Les scènes de conversation s’enchaînent et déconstruisent les unes après les autres les certitudes d’Aydin, jusqu’à ce que celui-ci n’ait d’autre choix que de quitter provisoirement la scène, pour y revenir transformé, sous les traits d’un homme nouveau dont la dernière séquence du film dessine les contours.

La profondeur philosophique de cet itinéraire n’échappera à personne, car ce qui s’y joue relève de questions essentielles : l’équilibre entre l’estime de soi et la place que l’on fait aux autres, l’engagement et le sens qu’on lui donne, l’argent et ce que l’on en fait, et plus largement encore le rapport de l’individu au monde. C’est pourquoi Winter sleep laisse une trace profonde chez le spectateur qui, longtemps après la projection, reviendra sans doute sur ces questions ouvertes, car lui aussi est invité à se remettre en question.

Comme souvent dans ses films, on sent que Nuri Bilge Ceylan a mis beaucoup de lui-même dans son personnage. Mais ici la relation en miroir entre Aydin et le réalisateur devient assez troublante, car Winter sleep tranche radicalement avec les films antérieurs du cinéaste. Plus attentif aux personnages, moins abstrait et plus ouvert aux autres, Winter sleep semble engager un virage à 180 degrés dans la filmographie de Ceylan, dont toute l’œuvre, jusqu’à Il était une fois en Anatolie, s’est construite sur la conception d’un cinéma peu bavard, méditatif et traversé de grands espaces.  Ces derniers, très peu présents dans Winter sleep (sauf dans quelques scènes sublimes, notamment celle de la capture d’une jument dans une rivière), font place à des atmosphères confinées. Le silence des steppes dans Les Climats, ou même les paysages nuageux d’Istanbul dans Uzak, font place à une intrigue qui se joue essentiellement dans la parole, avec des dialogues très écrits, finement ciselés et qui font mouche. En somme, comme Aydin à la fin du parcours, le réalisateur se présente sous les traits d’un homme nouveau qui, au sommet de sa carrière, s’offre le luxe de réinventer son cinéma. Cette remise en question de son propre travail, ce courage de tout remettre à plat, cette audace à rebattre les cartes, tout cela valait, sans aucun doute, une Palme d’or. Jocelyn Maixent

La croisette : Dress code oblige…

Le samedi 24 mai se déroulait à Cannes la cérémonie de clôture du Festival. Un évènement marquant sur la croisette.

Des centaines de personnes ce sont amassées autour du Palais durant tout l’après-midi. Pour une partie, cela suffisait de voir, au loin, quelques têtes connues du grand écran.

Pour d’autres, l’objectif était d’assister à la Cérémonie et donc pour cela de fouler les marches du tapis rouge. Pour y arriver, une solution : attendre, longtemps, le long d’une grande avenue. La file s’étendait sur plusieurs centaines de mètres. Tout ce monde là était sur son 31, dress code oblige. Ça brillait, c’était coloré, ambiance grand carnaval, ou bal à la Gatsby, mais sans l’aspect festif. L’auto-dérision des participants n’était pas au rendez-vous.

Alors l’ambiance était un peu triste tout de même, par l’aspect désespéré que pouvait prendre l’affaire.

Aussi, j’ai essayé de saisir par la photo quelques éléments constitutifs de cet après-midi, en essayant de montrer que le public, aussi, se débrouillait plutôt bien pour faire du cinéma.

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Les lauréats d’Un Certain Regard en Photo

Vendredi soir, le 23 de mai 2014, le Jury composé par Pablo Trapero, Peter Becker, Maria Bonnevie, Sophie Grassin et Moussa Touré a remis les prix pour la section Un Certain Regard. 

 

Ruben Östlund, réalisateur de Turist (titre français: Force majeure) a remporté le Prix du Jury

 

 

David Gulpilil a gagné le Prix de meilleur acteur pour son rôle dans Charlie’s Country (Rolf de Heer)

 

 

 

Samuel Theis, Marie Amachoukeli, Claire Burger (de gauche à droite), les trois réalisateurs de Party Girl ont gagné le Prix d’ensemble

 

 

Pablo Trapero, Président du Jury Un Certain Regard

 

Les autres prix d’ Un Certain Regard :

Prix Un Certain Regard : Fehér Isten réalisé par Kornél Mundruczó

Prix Spécial d’Un Certain Regard :  The Salt of the Earth (Le sel de la terre) réalisé par Wim Wender et Juliano Ribeiro Salgado

Pourquoi Cannes aurait besoin d’un happy end

Après avoir vu plusieurs films de la sélection officielle du Festival de Cannes en 2014, on ressent que le happy end ne fait pas partie du répertoire des réalisateurs cette année.  Les personnages centraux de la plupart des films sont encore plus désespérés à la  fin du film qu’au début, des fois en prison, en hôpital proches de la mort ou déjà décédés. Le spectateur est dans un état de paralysie, paralysie causée par la déception que les héros du film ont été détruit ou se sont détruit eux même.

En même temps, ce n’est pas facile de terminer un film sur un happy end sans que l’audience ne reproche le manque de réalisme. La réalité n’a pas de happy end, et si elle en a un, ce n’est que temporaire. Par exemple dans le film du réalisateur Kornél Mundruczó Fehér Isten (White God) lauréat de la catégorie Un certain regard,   la foule de chiens qui agressent les hommes se calme parce que la petite fille Lili joue une mélodie sur la trompette. Ce qui paraît être un happy end ne l’est pourtant pas vraiment, parce qu’on sait que tous ces chiens vont être tués. Cependant, sous cet air de faux happy end, cette fin fait du bien. Elle fait du bien, parce que le principe du happy end nous récompense pour la peur qu’on a eu, pour les larmes qu’on a pleuré, pour le stress qu’on a subi.

Echapper à cette paralysie du film sans happy end était spécialement dur pour le film Léviathan, réalisé par Andreï Zviatguintsev, qui raconte l’histoire de Kolia (Alexeï Serebriakov), sa deuxième femme Liliya et son fils Roma au bord de la mer dans le nord de la Russie. Lorsque le maire de la ville veut s’approprier son terrain, il se lance dans un procès juridique contre cet homme puissant. Même avec l’aide de son ami Dmitri (Vladimir Vdovitchenkov), avocat à Moscou, Kolia n’arrive pas à tourner la situation en sa faveur. De plus il découvre que sa femme Liliya a eu une liaison avec Dmitri. Deux jours plus tard, Liliya est retrouvée morte à la plage, assassinée. Sa mort est mise sur le dos de Kolia qui est condamné à 15 ans de prison. Une fois de plus la corruption et l’argent l’emportent sur la justice. Le happy end nous semble une fois de plus loin de la réalité.

Sans être plat ou trop simpliste Léviathan renvoie à une problématique qui n’est pas nouvelle pour la Russie mais reste encore actuelle  : la corruption et l’alcool. En effet, le maire triomphe grâce aux fonctionnaires corrompus sous ses ordres et la consommation de Vodka augmente en parallèle avec la destruction de la vie de Kolia. C’est pourquoi, malgré le jeu convaincant des acteurs, la mise en scène réussie et la beauté frappante du paysage du film, Léviathan me semble pour l’instant comme le film le plus frustrant de tous les films sans happy end présentés à Cannes. Il ne s’agit pas d’une comédie qui se termine mal, comme Incompresa de réalisatrice Aria Argento mais de la preuve que la vie en Russie est loin d’être destinée aux fins heureuses et que, tel Kolia,  le fait de se battre contre cette injustice ne changera rien.

Klara Fröhlich

Cannes en Photo – Conférence de Presse Palmarès

Andrei Zvyagintsev, réalisateur de Leviathan
L'équipe de Party Girl, Prix Caméra d'Or
Xavier Dolan, réalisateur de Mommy, Prix du Jury
Xavier Dolan, réalisateur de Mommy, Prix du Jury
Xavier Dolan, réalisateur de Mommy, Prix du Jury
Xavier Dolan, réalisateur de Mommy, Prix du Jury
Nuri Bilge Ceylan, réalisateur de Winter Sleep, Palme d'Or
Nuri Bilge Ceylan, réalisateur de Winter Sleep, Palme d'Or

Cannes en Photo – Autour du Palais des Festivals

Marcello Mastroianni est le visage du Festival de Cannes 2014 | © Sarah Schiesser
  © Sarah Schiesser
Chaque jour plusieurs personnes essayent de trouver des tickets pour les films en concours de manière officieuse, attendant en dehors du Palais des Festivals | © Sarah Schiesser
Overlooking the Palais | © Sarah Schiesser
L'espace marché se trouve au sous-sol de Palais. Ceci est un des points d'échange plus importants | © Sarah Schiesser
L'écran interactif où on peut trouver des informations sur chaque réalisateur du Short Film Corner | © Sarah Schiesser
L'écran interactif où on peut trouver des informations sur chaque réalisateur du Short Film Corner | © Sarah Schiesser
Les réalisateurs du Short Film Corner sont toujours enthousiastes de raconter leurs histoires | © Sarah Schiesser
Calme autour du Palais après la remise des prix 2014 | © Sarah Schiesser