Les lauréats d’Un Certain Regard en Photo

Vendredi soir, le 23 de mai 2014, le Jury composé par Pablo Trapero, Peter Becker, Maria Bonnevie, Sophie Grassin et Moussa Touré a remis les prix pour la section Un Certain Regard. 

 

Ruben Östlund, réalisateur de Turist (titre français: Force majeure) a remporté le Prix du Jury

 

 

David Gulpilil a gagné le Prix de meilleur acteur pour son rôle dans Charlie’s Country (Rolf de Heer)

 

 

 

Samuel Theis, Marie Amachoukeli, Claire Burger (de gauche à droite), les trois réalisateurs de Party Girl ont gagné le Prix d’ensemble

 

 

Pablo Trapero, Président du Jury Un Certain Regard

 

Les autres prix d’ Un Certain Regard :

Prix Un Certain Regard : Fehér Isten réalisé par Kornél Mundruczó

Prix Spécial d’Un Certain Regard :  The Salt of the Earth (Le sel de la terre) réalisé par Wim Wender et Juliano Ribeiro Salgado

Portrait d’une jeune et jolie de son temps

Ce mercredi 21 août 2013, sort dans les salles le dernier film de François Ozon : Jeune et Jolie. Présent dans la compétition Cannoise, l’équipe de CLAP8 a eu l’honneur de le visionner en avant première, et elle vous en dit plus !

 

En 4 saisons, il nous plonge dans la vie d’une belle de jour contemporaine de 17 ans.

L’été, Isabelle se débarrasse de son pucelage et de sa vertu – trop encombrants – de manière mécanique et chaotique.
L’automne, à la sortie des classes elle se mute en Léa, une jeune prostituée.

Pourquoi ? Un mystère. Pour nous, spectateur interloqué ; pour sa famille, sous le choc ; pour elle.  Et la jeunesse qu’elle représente.

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Le monde adulte nous tend ses bras, les questions de l’identité et de la sexualité pointent leurs nez.
On se cherche un peu… On se perd souvent. Car l’adolescence confronte pour finalement rassembler l’éducation sentimentale et la soif de vie dangereuse propice à cette période.
La quête de soi par les sens, par la violence – La prostitution estudiantine en est un exemple des plus marquants.

« C’était comme un jeu » dit elle. Un jeu loin d’être innocent. Le jeu de la vie en somme. Isabelle est la vitrine du ressenti de l’auteur pour qui « c’est une période de désillusion où l’amour n’est pas ce que l’on espérait, les choses se fissurent ».

Derrière ce titre candide (RIP magazine de ma pré-adolescence), perce l’ironie. Prendre des stéréotypes et emmener le spectateur dans une direction opposée et inattendue, tel était l’objectif du réalisateur : pari réussi !

A la fin de chaque saison, Françoise Hardy fredonne dans un coin…  Qui de mieux qu’elle pour apporter une note mélancolique et incarner la désillusion de l’adolescence ?!

Impossible de parler de Jeune et Jolie sans évoquer les acteurs, dont font partie les brillants : Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot, Charlotte Rampling… Mais surtout Marine Vacth qui en outre de crever l’écran de son hallucinante – et presque indécente – beauté, crée un halo de mystère autour du personnage principal qu’elle représente. Elle incarne à la perfection ce portrait détaché d’une jeunesse désenchantée.

François Ozon opère en toute finesse, sans tomber dans les clichés et nous laisse en haleine d’un bout à l’autre, en maintenant le secret bien gardé.

Ainsi il nous livre son œuvre la plus bouleversante.

 

A ne manquer sous aucun prétexte !
Pour trouver votre séance, rendez-vous ici.

 

Charlène Dufour

UN TRIO GAGNANT

J’ai nommé Abdellatif Kechiche comme réalisateur et ses deux muses Léa Seydoux (que l’on connaît tous déjà) et Adèle Exarchopoulos (LA révélation 2013). Vous l’aurez compris, le film dont on parle : « La vie d’Adèle ». L’histoire met en scène une adolescente (Adèle) qui se découvre, s’épanouie et se transforme après être tombée amoureuse d’Emma. Les deux filles sont différentes : l’une s’assume, l’autre s’apprend. On suit leur amour du début à la fin, avec les péripéties d’un couple fusionnel. 

Kechiche perfectionniste

Comme toujours dans ses films, Abdellatif Kechiche veut à tout prix être réaliste. On retrouve ses plans filmés de près, très près, pas ou peu de maquillage, des scènes de disputes et des scènes de sexe (l’une d’elle dure 9 minutes !). Une intimité rarement filmé qui frôle les limites.

On connaît la polémique engagée sur les conditions de tournage de film et sur les méthodes de travail à la Kechiche … Malgré tout, la palme d’Or est amplement méritée ! Des seconds aux premiers rôles, les acteurs sont parfaits. C’est l’angle et l’oeil du réalisateur  qui heurtent et touchent les spectateurs …

Et quels sujets ? C’est le coeur du film :  la jeunesse ? la découverte de la sexualité ?  l’entrée dans la vie sociale ? La trame du long métrage où se mêle homosexualité et milieux artistiques.

De confusions en critiques, ce film secoue les plus médisants : De Cannes à Paris, des réseaux sociaux à la presse, de Christine Boutin à Adèle Exarchopoulos, de RMC au Grand Journal … Bref, tout le monde se déchaine sur « La vie d’Adèle ».

Alors oui, la période est bien choisie.  

Mariage pour tous par là, Manif pour tous par ici … les réactions sont vives ! Christine Boutin, présidente du Parti Chrétien-Démocrate n’a pas hésité. Pour elle « on est envahi, on ne peut plus avoir une histoire sans gay (…) et aujourd’hui, la mode c’est les gays ! ».

Discret, timide et en dehors des polémiques, A.Kechiche ne s’est pas prononcé face à ces attaques. Encore mieux ! Son actrice principale, la jeune Adèle s’en est chargée. Dans la boîte à questions du Grand Journal, elle répond par un simple « Sale frustrée de la fouf » accompagné d’un doigt d’honneur. Au moins, le message est clair et universel.

Polémique, polémique, polémique … Calmons nous avec le message de paix du Président du Jury, le grand Steven Spielberg rectifie en disant je cite « Ce n’est pas la politique qui nous a influencée, mais le film. C’est une très belle histoire. Un amour magnifique auquel tout le monde peut s’identifier, peu importe la sexualité. »

Info pratique : le film sort en salle le 9 octobre prochain

Rencontre avec Djilali Beskri

Rencontré lors du très prestigieux Festival de Cannes, Djilali Beskri est un réalisateur et producteur algérien talentueux. Récompensé en 2012 par le prix de l’Association internationale du film d’animation, il signe pour les années à venir une série de succès cinématographiques.

 

Djilali Beskri. Si le nom vous est encore inconnu, retenez-le. Il prépare actuellement le film comprenant la plus importante participation internationale, avec 52 jeunes réalisateurs de 52 pays africains différents. Un film illustrant parfaitement le multiculturalisme. Un film qui révèle l’importance du continent africain dans la production de films d’animation mondiale. Ce film : Papa Nzenu conte l’Afrique.

L’Afrique a une histoire et une culture riche que retrace à tour de rôle, chacun des épisodes. En ayant visionné une partie, je peux vous assurer que ces réalisateurs jeunes, inconnus et encore inexpérimentés ne sont pas les derniers en matière de film d’animation. Dans chaque séquence, ceux-ci narrent, par le personnage de Papa Nzenu, l’identité plurielle de l’Afrique, à travers des contes africains.

Ce projet cinématographique a plusieurs objectifs : le divertissement, l’éducation et la connaissance d’un continent trop souvent oublié, la formation de réalisateurs compétents et le multiculturalisme, concept fard de notre société actuelle. Le film de Djilali Beskri porte haut les couleurs de l’Afrique en unissant des nationalités émergeantes, cinématographiquement parlant.

 

 

Son film, Bulles blanches, Traits noirs a été projeté en ouverture du Festival de la bande dessinée ce 15 Juin 2013 à Lyon : http://www.lyonbd.com/festival/in/expositions/5/photo-call/

Pour plus d’informations sur Djilali Beskri, ses projets, ses réalisations et ses productions : http://www.dynamic-art-vision.com/

 

(photo prise au stand du film algérien à Cannes, sur la Croisette, avec l’acteur Ahmed Bennaissa et le réalisateur Djilali Beskri)

Florine Garreau

 

Les court-métrages : art en reconnaissance au festival de Cannes ?

 

9 court-métrages ont concouru au 66ème festival de Cannes. Mais dimanche 27 mai, un seul gagnant. Safe, du réalisateur Byoung-Gon Moon a remporté la Palme du Film Short Corner. Aucune huée, que des applaudissements…et pour cause ! Le passage de l’espoir au désespoir dans cette œuvre s’avère intense. Le spectateur est abasourdi lors du dernier plan du film, quand retentit le cri de la jeune femme, vouée à la mort. Ce hurlement traverse les corps, les âmes, procurant frissons et émotions. Le spectateur ressent l’espace d’une seconde la situation du personnage comme si elle était sienne.

Au delà de Safe, ce fut à chaque représentation deux heures de pur cinéma qui était proposé au public. Le rythme se détache des grands films. Les fins ? Safe ne représente pas une exception à la règle. Loin des happy ends, les histoires s’avèrent tantôt morbides, tantôt engagées. Si l’humour et la gaieté ne sont pas au rendez-vous, on apprécie cet art particulier où une histoire et des émotions sont transmises au spectateur en à peine 15 minutes. Autre particularité : un tour du monde via ces deux heures de représentation ! Islande, Chine, Japon, etc, en passant par l’Ukraine : une diversité ethnique qui rajoute un charme certain.

Seul regret : le constant plein phare sur les long-métrages donnent une visibilité moindre aux court-métrages. Il est vrai, ces derniers sont enfin reconnus au festival depuis 2011. Il reste cependant une longue ascension à parcourir afin d’être promu à l’égal des grands films.

Clémentine Billé