Nebraska : à 76 ans, Bruce Dern enfin récompensé !

Il y a une semaine je vous aurais simplement dit ceci : « Il est vrai, la comédie d’Alexander Payne n’aura probablement pas la palme d’or. Les diverses critiques lui accordent peu leurs faveurs, et un autre film semble être favori. Nous vous laissons découvrir ou deviner par vous-même ! » J’aurai ensuite fait un article sympathique sur l’histoire du film et le jeu des acteurs. Suivi d’un petit point sur le noir et blanc pour surplomber le tout. Oui, loin des beaux paysages, ce sont champs, fermes et autres campagnes désertes qui composent le cadre de l’œuvre. Cette nouvelle œuvre joue bien davantage sur l’esthétique que sur l’originalité de l’histoire.

Aujourd’hui, tout le monde s’en fiche un peu à vrai dire. Le film ne sera projeté dans les salles qu’en janvier 2014. Surtout que, chacun sait que la palme d’Or est revenue à La Vie d’Adèle. Entre les manifestations anti-mariage gays de dimanche et la première union civile homosexuelle aujourd’hui, double succès assuré ! Mais n’oublions pas les autres prix. Bruce Dern, incarnant le personnage principal, a reçu le prix d’interprétation masculine. A chacun son petit trophée doré. L’acteur de 76 ans est enfin récompensé. Sa carrière débute en 1960 avec La Fleur sauvage de Jack Roper. Les années s’écoulent, les petits rôles deviennent grands. Pour l’anecdote, il joue dans Gatsby le Magnifique de Tom Buchanan, sorti en 1973. L’œuvre fut réadaptée par Baz Lurhman cette année, projetée en ouverture et promue au festival de Cannes dans la catégorie hors-compétition. Pourtant, la seule récompense obtenue par l’acteur avant celle-ci fut l’Ours d’argent du meilleur acteur dans That Championship Season en 1983. Cela ne rajeunit pas notre Américain, qui joue de surcroît un vieillard acariâtre dans Nebraska.

Bruce Dern est le type même de l’ acteur complet. Il joue dans des films et des séries télévisées, à l’instar de Big Love,adaptation non aisée, contrairement aux idées reçues. Les différents rôles qu’il a interprétés s’avèrent complètement différents. En 1972, il incarne Long Hair Watts dans The Cowboys. Pourquoi ce rôle est un tournant dans sa carrière ? Il tue Le personnage de Will Andersen, incarné à l’écran par le célébrissime John Wayne, l’acteur cow-boy le plus respecté des Etats-Unis. Et dans le dos qui plus est ! What a shame !? En somme, de nombreux rôles de « méchants » lui seront proposés par la suite. Dans Nebraska, il est vrai, le personnage s’avère peu amène. Grincheux, l’acteur permet pourtant au spectateur de découvrir le passé du personnage, et sa bonté. Un personnage attachant, et une nouvelle découverte du jeu de l’acteur américain.

Si les rôles de psychopathes et de drogués le suivaient à la trace, c’est avec un large sourire, cette fois-ci sans animosité, que Bruce Dern a monté le tapis rouge cette année. Non présent lors de la remise des prix, on imagine la joie, le sentiment d’un complet accomplissement de soi et de sa carrière lorsqu’il prendra en main cette fameuse récompense.

Clémentine Billé

Qui va là? (« Au-delà des collines »)

Joyeuse surprise (ou pas si joyeuse) dans la sélection du festival de Cannes. Cristian Mungiu revient sur les grands écrans (après avoir eu le Palme d’Or en 2007) avec un film très surprenant de part son thème.

« Mungiu livre un portrait génial et effrayant à la fois de l’irrationalité et la peur qui coexistent dans le cœur noir Européen. », résume The Guardian dans le chapeau de l’article dédié à la critique de ce film.

Pour résumer un peu l’histoire, il s’agit de deux jeunes filles (Alina et Voichiţa) qui se retrouvent dans un monastère loin d’un cadre urbain, la première ayant l’expérience d’être déjà partie à l’étranger pendant que l’autre semble bien endoctriné par la culture chrétienne orthodoxe. La bande annonce explique brièvement la situation des deux personnages et laisse au spectateur deviner leur relation amoureuse qui est en train de faire face à une crise.

En termes techniques, les critiques ne sont pas très parlantes. On peut supposer que le message derrière ce sujet frappant a bouleversé le champ journalistique cinématographique. Et c’est bien sûr attendu, car Mungiu (qui fait partie de ce qu’on appelle la « Nouvelle Vague » roumaine) se fait toujours remarqué par des scénarios moins « orthodoxes ». Pourtant sa mise en scène sera clairement particulière, vu que pour « 4 mois, 3 semaines et 2 jours » il avait laissé les personnages se balader dedans et en dehors du cadre tout en continuant leurs monologues. Entre autres techniques préférées de Mungiu on peut noter les plans-séquence et l’usage des éclairages spécifiques afin de reconstituer certaines atmosphères. Assez tentant, n’est-ce-pas ?

Je ne peux pas ne pas faire une liaison dans le cadre du cinéma Est-Européen, car la crise de la foi, de l’identité et des situations étranges dans des lieux étranges sont des sujets bien encrés et superbement exploités par les pays chrétiens-orthodoxes. D’après le modèle tarkovskyan  (notamment dans « Stalker »), Mungiu essaye de recréer une ambiance tout en changeant d’outils, car la force et la fragilité des femmes sont des traits assez particuliers qui rafraîchissent cette perspective et la remplissent de nuances dramatiques.

Les mots les plus recourents dans les critiques semblent être „exorcisme” et „mort”. Pour le spectateur sensible, la réponse est OUI, cela arrive, le film est inspiré d’une histoire vraie, marqué bien sûr par  la touche d’un grand réalisateur. On est clairement pressés de voir (et revoir, et revoir) ce film pour réussir à élargir notre perspective et, comme Mungiu lui-même veut, créer une polémique.

Moonrise Kingdom – Wes Anderson

C’est un pré immense au milieu duquel se rejoignent une pré-ado aux yeux charbonneux et un jeune garçon dont le duvet ombre très légèrement la lèvre supérieure, pipe en bouche. Ils ont douze ans en cette fin d’été 1965 ; elle, laisse ses parents avocats et trois petits frères, lui, fuit le camp scout dans lequel il passe ses vacances ; c’est le temps de l´amour, le temps des copains et de l’aventure, chante Françoise Hardy. De l’aventure, il n’en manque pas dans cette expédition loufoque à travers laquelle Wes Anderson nous offre à voir des personnages consciencieux mais qui – pour autant – ne se prennent pas au sérieux.

Dans ce conte à l’atmosphère délicieusement sixties – des costumes aux accessoires, aucun détail n’a été laissé au hasard – les enfants mènent le jeu comme des grands ; ainsi une guerre sans pitié entre le fugitif scout et ses anciens camarades ou une relation de vieux couple entretenue par les protagonistes en chaussettes montantes/culottes courtes. On est pourtant loin de la cruauté de Sa Majesté des Mouches de Golding, ici l’humour est pince-sans-rire, la tendresse omniprésente. On retrouve dans l’amour que se portent Sam et Suzy, la poésie que Buten prêtait à Gil et Jessica. Cela donne presque envie d’avoir douze ans, de poser un disque de Françoise Hardy sur la platine et de danser sans retenue sur la plage. En face, les adultes font figure d’enfants turbulents.

Et puis… et puis, l’ouragan, la digue qui lâche, le rythme change imperceptiblement, la tension monte et l’austère Assistance Publique vient chercher Sam, lui promettant un bien sombre avenir ; il semble que tout parte à vau-l’eau, plus rien n’est maîtrisé sinon le Cuckoo de Benjamin Britten en fond sonore, qui tranche admirablement avec l’atmosphère de fin du monde.

Dans Moonrise Kingdom, Wes Anderson crée un paradoxe intéressant entre une esthétique qui confine au maniérisme – des travellings latéraux, une photographie léchée, un rythme orchestré à merveille par une bande originale de qualité – et l’univers déjanté dans lequel évoluent ses héros. Finalement, il n’y a de linéaire que la caméra, les émotions, elles, partent en tous sens. A la façon des impressionnistes, Anderson réussit à inviter la fougue dans une image d’apparence immobile et le résultat est épatant.

Il ne pouvait y avoir film plus approprié pour débuter le Festival de Cannes. Moonrise Kingdom insuffle un élan, une ardeur et s’il préfigure les quelques jours que nous passerons là-bas il me semble que ça ouvre une porte à tous les possibles.

Edito

« Chers étudiants,

Dans le cadre de l’année du cinéma à l’université de Paris 8, je vous propose d’assister au festival de Cannes… »

 

Lundi matin, 9h…non ce n’est pas un rêve !

Notre mission : vous emmener virtuellement sur la croisette du 23 au 28 mai. Allons-nous être à la hauteur ? … Allez, c’est d’accord, mission acceptée ! Critiques de films, coups de cœur (ou non!), interviews et photos…Clap 8, c’est pour nous cinq jours intenses, et pour vous, un pas en exclusivité dans l’un des plus grands festivals de cinéma internationaux! Regards sur le palais des Festivals, la Semaine de la Critique, « Un certain regard », ou encore la Quinzaine des Réalisateurs : A nos plumes et caméras d’étudiants-cinéphiles pour vous faire partager notre expérience ! Film en compétition ou non, projections en avant-premières, rencontres avec des professionnels du cinéma, débats, expositions… Quand Paris 8 fait son cinéma, ça donne ça !

 

Vous pouvez retrouver tous les projets de l’année du cinéma à Paris 8 sur le site www.cinema2012.univ-paris8.fr.

 

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter une agréable montée des marches…