Javier BARDEM : témoignage d’une icône mondiale du cinéma

Les applaudissements retentissent, la lumière éclate, les cinéphiles se lèvent : Javier Bardem s’assoit sur la scène. Naturel, décomplexé, parfois grossier, l’acteur espagnol revient sur son parcours, sur la situation actuelle du cinéma et ses expériences au cours d’une master-class de deux heures durant cette 75ème édition du Festival de Cannes.

Icône du cinéma d’auteur avec Macho ou Mother ou encore et acteurs pour des blockbuster comme Dune, James Bond et Pirates des Caraïbes. Javier BARDEM a réussi à s’imposer comme un symbole de réussite dans le monde du cinéma. L’acteur de No country for old men, habitué à la croisette cannoise, est loin de l’idée que l’on se fait d’une « star ».

Le début de la master-class se construit autour de sa carrière et du métier d’acteur en lui-même. D’après lui, « le rêve de chaque acteur est de s’effacer entièrement pour prendre la place de son personnage ». Il continue en expliquant que le tournage de certains films est beaucoup plus compliqué à vivre car « ils ramènent le pire de nous-même à la surface ». Il continue cette master-class en parlant de son rôle mythique dans le film No country for old men qui lui aura valu un oscar en 2008. Pour Javier BARDEM, le personnage qu’il incarne avec succès est très difficile à cerner car il n’y a aucune information sur son passé et ses origines. Il s’est simplement dit « je dois représenter la violence ». 

La suite de l’entretien fait référence à l’ambivalence de l’acteur pour ses rôles dans le cinéma d’auteur et pour celui dans les films à grands budgets. D’après Javier BARDEM, tourner dans des blockbusters est un exercice beaucoup plus compliqué. En effet, d’après l’acteur, il y a beaucoup plus d’attente entre les prises et il faut jouer avec beaucoup de maquillage et parfois des prothèses : “c’est beaucoup plus physique”. L’acteur confie qu’il y a quand même de super avantages comme « passer la journée avec Zendaya » ou encore « combattre sur bateau à taille réel ». 

Il continue par aborder un aspect beaucoup plus personnel de son travail à savoir travailler avec sa femme : Peneloppe Cruze. D’après l’acteur, c’est sur le plateau du film Jambon, jambon qu’ils se rencontrent pour la première fois. C’est le cinéma qui les a unis mais parfois travailler dans cette industrie avec sa moitié est beaucoup plus compliqué que ce que l’on pense. En effet, Javier BARDEM explique que parfois voir sa femme jouer lui fait perdre ses lignes de  dialogue car « l’émotion est trop forte » ou qui lui est déjà arrivé que selon le film « on se retrouve dans des situations noirs où on n’arrive même plus à se regarder ». D’après l’acteur, il faut savoir faire la part des choses entre cette ligne très fine entre professionnelle et personnelle.

Sur la question des discriminations et du sexisme dans le cinéma, Javier BARDEM répond que pour lui la masculinité « ce sont les hommes qui accepte d’avoir un coeur de femme à l’intérieur ». Le machisme est quelque chose pour lui de dangereux et qui n’a pas sa place dans l’industrie. D’après lui, la mise en place de quotas n’est pas une solution viable, il faudrait avant tout que les mentalités changent. 

Concernant le procédé de choisir un film et un réalisateur, Javier BARDEM « recherche du respect et de l’empathie auprès des réalisateurs ». D’après lui, il ne faut pas oublier que ce n’est pas bien d’engager un acteur selon sa popularité et son nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux, même si beaucoup procèdent de cette manière. 

Cette masterclass s’achèvera autour des moments difficiles de la carrière de l’acteur. Il explique que devoir jouer un personnage très heureux alors qu’il était en plein deuil suite au décès de sa mère l’a « complètement détruit » . Il continue en expliquant qu’il y a toujours quelque chose de positif à apprendre. Même s’Il est très compliqué pour un acteur de faire l’opposé de ce qu’il ressent, cela lui a permis de dépasser ses limites. 

 

Jeanne METZINGER

 

Rencontre avec Mads Mikkelsen #2 : Les secrets de tournage

Le 26 mai 2022, le Festival de Cannes a invité le comédien danois Mads Mikkelsen pour une rencontre avec le public. La parole a été laissée à l’audience pour une séance de questions/réponses. De nombreuses questions très variées ont été posées à l’acteur. Finalement, a-t-on réellement besoin de rappeler qui est Mads Mikkelsen ? Il nous le dit lui-même dans cette interview. 

Après nous avoir parlé de son métier de comédien dans l’article #1, Mads Mikkelsen, revient sur plusieurs tournages sur lesquels il a eu la chance de travailler. Hannibal, Les animaux fantastiques, Drunk, ou encore le prochain Indiana Jones… voici de nombreuses anecdotes pour ravir les fans !

Pour CLAP8, j’ai sélectionné quelques questions, que j’ai retranscrites et traduites (de l’anglais vers le français) ci-dessous.

 

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Films à ne pas manquer !

Clap 8 vous donne sa sélection des films cannois à voir absolument dès leur sortie en salles. Découvrez le top 3 de chaque membre de l’équipe, des films vus pendant la 75e édition du Festival de Cannes du 24 au 28 mai 2022.

Jeanne Metzinger

  1. Close de Lukas Dhont : Touchant, la réalisation épouse bien les émotions des personnages, très belle colorimétrie.
  2. EO de Jerzy Skolimowski : Lumière très travaillée, de superbes partis pris de réalisation et une très bonne BO.
  3. Triangle of Sadness de Ruben Östlund : Très bon acteur, un montage très dynamique, drôle et colorimétrie de l’image très travaillée.

 Ilyes Derkaoui

  1. Rebel de Adil El Arbi et Bilall Fallah : Percutant. 
  2. Nostalgia de Mario Martone : Envoûtant. 
  3. Leila’s brothers de Saeed Roustaee : Un drame familial si bien mis en scène.

Abel Barriquault

  1. Rebel de Adil El Arbi et Bilall Fallah : J’ai été surpris par les performances des acteurs, mais aussi par la réalisation. Un réalisme qui frappe et qui vous laisse sans voix. À regarder uniquement au cinéma.
  2. Next Sohee de Jung Ju-ri : Un film qui m’a particulièrement touché en tant qu’étudiant de par ses personnages auxquels je me suis attaché très rapidement. Mais aussi un film que j’ai apprécié pour son aspect dénonciateur, pointant du doigt une société rongée par une transformation des services publics en entreprises devant générer du profit.
  3. Nostalgia de Mario Martone : Touchant par les émotions qu’il dégage. Porte parfaitement son nom puisque l’on partage très rapidement cette nostalgie avec le personnage principal.

Imen Abdelmoula

  1. Le Bleu du Caftan de Maryam Touzani : Une histoire d’amour touchante mais surtout un film qui procure énormément d’émotions, pleurs, rires, joies…
  2. Rebel de Adil El Arbi et Bilall Fallah : Une réalisation et mise en scène parfaite ! musique, rap, danse… Parfait.
  3. Ashkal de Youssef Chebbi : Film tunisien qui m’a directement parlé. Une intrigue intéressante.

Lisa Sada

  1. Rebel de Adil El Arbi et Bilall Fallah : Excellente réalisation, film original avec les séquences de rap et de chansons.
  2. Close de Lukas Dhont : Très bon jeu d’acteur, histoire touchante et beaux visuels.
  3. Les Cinq Diables de Léa Mysius : Histoire originale, suspens présent tout au long du film.

Sara Nadjem

  1. Salam de Melanie Diam’s, Houda Benyamina et Anne Cissé : Une histoire de vie déchirante racontée d’une bonté inouïe. Retrouver Mélanie Diam’s 10 ans après qui nous livre son récit intime plus que bouleversant, raconté d’une manière calme et apaisée, laisse le spectateur sans voix.
  2. Leila’s brothers de Saeed Roustaee : Une famille unie et à la fois décomposée. Un scénario moderne au cœur de l’Iran, nous plonge dans le quotidien d’une sœur qui a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Un film déchirant et émouvant du début à la fin.
  3. Rebel de Adil El Arbi et Bilal Fallah : Un film original où l’on retrouve danse, chant et action le tout mélangé à une problématique sensible et actuelle. Renouveau qui fait du bien au cinéma et aux spectateurs.

Oksana Monteiro Peixoto

  1. Triangle of Sadness de Ruben Östlund : Satire de notre société qui aura fait rire la salle à gorge déployée. L’esthétique du film est très travaillée. Tant sur le fond que sur la forme, je suis ressortie de la salle comblée.
  2. EO de Jerzy Skolimowski : Le traitement du sujet m’a particulièrement touché. Ce film expose directement l’impact des hommes sur les animaux. Pour sa prise de risque et son originalité, en choisissant de raconter l’histoire du point de vue d’un âne. Pour les 3 fois où je me suis retenue de lâcher une larme.
  3. La nuit du 12 de Dominik Moll : Traite de la réalité des féminicides de manière glaçante. Clara, 21 ans, est assassinée de manière ultra brutale en rentrant de chez sa meilleure amie. Un homme lui jette de l’essence dessus et l’allume avec un briquet… Une des premières scènes du film… Je suis encore traumatisée. Beaucoup de films m’ont marqué à Cannes, mais je pense que celui-ci mérite d’être mis en avant, car son sujet est malheureusement bien trop réel.

Cassiopée Boyaval

  1. Rebel de Adil El Arbi et Bilal Fallah : Bouleversant, engage sur la cruauté d’une guerre actuelle à de nombreux niveaux
  2. Broker de Hirokazu Kore-eda : Touchant avec un sujet nouveau.
  3. Leila’s brothers de Saeed Roustaee : La fratrie attachante et les parents détestables. Drame familial.

Chloé Laubertin

  1. Rebel de Adil El Arbi et Bilal Fallah : Époustouflant, que ce soit au niveau visuel, sonore, du scénario avec la touche chorégraphie qui fait tout le charme du film.
  2. L’Innocent de Louis Garrel : Touchant et en même temps très sympa à regarder, on se laisse vite prendre dedans et la mise en scène est très bien faite.
  3. Mediterranean fever de Maha Haj : beau scénario, belle images… Film touchant.

Romain Leon

  1. Close de Lukas Dhont : Film très émouvant qui nous éblouit tant par sa mise en scène que la photo, mais aussi par les dialogues trouvés à la perfection, nous transmettant l’esprit des deux jeunes.
  2. L’Innocent de Louis Garrel : Un film qui pourrait être banal voir un téléfilm pourtant sublimé par l’acting de Louis Garrel et de la surprenante Noémie Merlant qui donnent vie à ce film. L’humour est fin et marche à tous les coups. Pareil pour les scènes plus émouvantes. Le film est juste.
  3. Rebel de Adil El Arbi et Bilal Fallah : Film superbe avec des plans séquences époustouflants et un très bon scénario.

Jean-Christian Lejay

  1. Rebel de Adil El Arbi et Bilal Fallah : Film dont le scénario glaçant tend à ne pas laisser indifférent le spectateur en le rendant impuissant aux drames et tragédies qui s’accumulent sous ses yeux. Les dialogues et les mises en scène mettent à la lumière du jour, les longs et divers processus de manipulation que le Djihad implique, sujet d’actualité et polémique. Les effets visuels et la direction de la photographie nous immergent en croisade audiovisuelle et en guerre sainte de par l’intersection de différents genres qui rendent le film hors du commun et original, notamment avec la danse, le rap et la scénographie théâtrale.
  2. Close de Lukas Dhont : Film qui parle de sensibilité, de fragilité et de redéfinition du masculin. La bande originale nous fait voyager et passer un bon moment. L’homosexualité et l’amour dès l’enfance sont des sujets qui semblent être rarement traités, ce qui rend le film très intéressant et poignant dans son scénario. Enfin, la photographie s’appuie fortement sur des références picturales d’émancipations homosexuelles qui restituent une atmosphère liée à l’innocence et l’interdit ou encore au naturel et l’ambiguïté. La colorimétrie est magnifique.
  3. Stars at noon de Clair Denis :  Deux êtres charnels, isolés dans une zone géopolitique tendue tentent de vivre et de survivre. Leur existence a directement un impact dans les plus hautes sphères commerciales du Nicaragua, les rendant protégés ou attaqués en fonction de la guerre d’information. C’est un film avec un double scénario, un hors-cadre avec l’action militaire et politique et un dans le cadre, avec la déambulation sexuelle et amoureuse du couple. Le tout enveloppé, dans une bande originale et une direction de la photographie tout simplement hors pair.

Faites confiance à la team Clap 8, allez y sans hésiter !

Rencontre avec Mads Mikkelsen #1 : Les ficelles du métier de comédien

Nous entrons dans la salle de cinéma. Nous nous apprêtons à assister à un événement singulier. Ce sera peut-être une occasion unique dans notre vie. La salle est remplie. Il y a un brouhaha ambiant, et l’excitation se fait ressentir. Son nom est écrit en énorme sur l’écran. Il arrive bientôt… 

Le 26 mai 2022, le Festival de Cannes a invité le comédien danois Mads Mikkelsen pour une rencontre avec le public. Animée par Didier Allouch, il prit tout d’abord les devants pour introduire le rendez-vous et chauffer la salle. Puis, la parole a été laissée au public pour une séance de questions/réponses. De nombreuses questions très variées ont été posées à l’acteur.

Pour CLAP8, j’ai sélectionné quelques questions, que j’ai retranscrites et traduites (de l’anglais vers le français) ci-dessous. 

Finalement, a-t-on réellement besoin de rappeler qui est Mads Mikkelsen ? Il va vous le dire lui-même dans cette interview. Un tonnerre d’applaudissements pour Mads Mikkelsen ! 

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Focus sur la cérémonie de clôture « un certain regard »

Inaugurée lors de la 31e édition du Festival de Cannes, la section Un Certain Regard, met en avant des films originaux et les futurs Talents du cinéma français et international. Depuis 1998, les films de la section sont mis en compétition et évalués par un jury de 5 professionnels du cinéma. Cette année, l’actrice, productrice et réalisatrice italienne Valeria Golino était la présidente du jury. À ses côtés, l’actrice polonaise Joanna Kulig, la réalisatrice américaine Debra Granik, l’auteur-compositeur et interprète Benjamin Biolay et l’acteur et producteur vénézuélien Édgar Ramírez. 

Avec l’équipe Clap8, nous avons pu assister à la cérémonie de clôture suivie de la projection du film ayant reçu le prix Un Certain Regard. 

 

« Notre section Un Certain Regard avait une exceptionnelle sélection cette année, ce qui a rendu le travail du jury très intéressant, mais très difficile. Nous ne pouvons pas décerner un prix à tous les films, néanmoins, ils ont tous eu un impact signifiant sur nous. Ces 20 films étaient un tour de force de talents, de puissantes performances, et d’inspirantes cinématographies. L’écriture, le courage, et la bravoure montrés en s’intéressant à la survie et à l’existence, dans notre présent et notre passé, ne peuvent être ignorés : BRAVO » – Valeria Golino

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Ashkal, une histoire en feu

Depuis le printemps arabe, la Tunisie a vécu un bouleversement social, politique et économique. Un pays et des citoyens qui sont tourmentés entre l’ancienne politique d’avant la révolution et l’envie de modernité. 

Au sein de ce film réalisé par Youssef Chebbi, les questions politique, sociale et religieuse sont mises en avant à travers une histoire qui mêle fiction et réalité. Dans un quartier nouveau où les constructions modernes se juxtaposent aux chantiers abandonnés, le corps d’un gardien est retrouvé brûlé au milieu de ce chantier. C’est alors que Batal et Fatma, deux policiers mènent l’enquête qui s’avère beaucoup plus compliqué qu’un simple meurtre …

Durant la session de questions-réponses, Youssef Chebbi nous explique l’importance de l’immolation au sein de ce film, qui fait tout de suite écho à l’histoire de Mohammed Bouazizi, le vendeur qui s’est donné la mort par le feu en 2010. Un événement malheureux qui a réveillé le peuple tunisien et a laissé place à une volonté de renverser le gouvernement de l’ancien président, Ben Ali.

Comme l’indique le nom du film, Ashkal (forme en arabe), celui-ci représente parfaitement l’idée et le message du film. Youssef Chebbi nous l’explique, ce film est une quête pour les protagonistes Batal et Fatma, et pour nous spectateurs car nous sommes à la recherche d’une réponse claire et figée alors que celle ci est clairement plus subjective et irréelle.

Les acteurs sont eux aussi le symbole de ce changement politique et social, Batal qui est encore tourmenté par l’ancienne Tunisie et qui suit ses codes, et Fatma, cette policière au caractère présent qui représente la nouvelle Tunisie.

Humour, émotions, suspense et questionnement, Ashkal remplit les cases d’un bon film à la Quinzaine des Réalisateurs.

 

Salam, un docu de paix

Nous l’avons connu à travers des musiques comme confessions nocturnes, Marine ou encore Jeune demoiselle. Elle criait dans ses textes, la haine, la rage et la peine d’une jeune femme incomprise. Dans les années 2000, Diam’s est la tête pensante du rap français. Dans ses paroles qui prônent « rébellion » et crient « injustice », des milliers de jeunes français se sont reconnus, identifiés et sentis compris.

Alors qu’elle est au sommet de sa gloire, Diam’s plonge dans un silence médiatique. Ce silence, elle l’explique, dans son documentaire Salam, co-produit avec Anne Cissé et Houda Benyamina, par la volonté de se retrouver. Diam’s ou Mélanie, nous livre dans ce récit à travers la Tanzanie, l’île Maurice et la France, la quête vers la paix qu’elle a entreprit en se convertissant à l’Islam.

« Les gens aiment bien dire qu’il faut tourner la page, moi j’aime bien dire que je ferme un livre pour en ouvrir un nouveau. »

Lorsqu’elle revient sur les traces de son passé et redécouvre les endroits où ses fans l’ont adoré, elle se confie sur le sentiment de tristesse qu’elle ressentait à chaque fois qu’elle quittait la scène. « J’attendais d’être mal pour écrire, c’est ce qui m’inspirait (…) Je me suis rendue compte que je chantais pour des gens qui étaient aussi tristes que moi. On était combien à faire semblant ? »

Sa reconversion a sauvé Mélanie, qui se confie, aux côtés de sa mère, sur les scarifications qu’elle s’infligeait. « C’est un statut pour lequel tu es censé être reconnaissant de tout avoir, la gloire, l’argent, la célébrité. Les gens commençaient à me demander pourquoi j’étais triste alors que j’avais tout. »

Lorsque Mélanie se convertit en prenant pour seul témoin Dieu lors d’un voyage à l’île Maurice, elle établit une liste des choses qu’elle doit entreprendre. Parmi celles ci : ouvrir une association, finir son dernier album et couper les liens avec les medias. Mais Paris Match en décide autrement, lorsqu’en 2008, le quotidien lui vole une photo intime, alors qu’elle sort d’une mosquée. Cette photo, qu’elle considère comme une entrave à sa vie privée, un vol, et qu’elle raconte avec beaucoup d’émotion, nous est tout de même narré avec beaucoup de sagesse.

« Les gens m’envoyaient des messages en me demandant pourquoi. Aujourd’hui je comprends mes admirateurs qui me détestaient. Je les pardonne. »

Mélanie n’a pas souhaité apparaître au Festival de Cannes, ce qu’elle nous a expliqué dans une courte vidéo diffusée avant l’avant première de Salam. Fondatrice de l’association Big Up Project qui vient en aide aux orphelins, elle s’épanouit aujourd’hui dans une vie loin des projecteurs.

« Salam, ça veut dire paix en arabe. Et j’espère que tout le monde la trouvera, comme je l’ai trouvée. »

Nous retenons de Salam un message de paix et de tolérance. Le documentaire et le parcours de Mélanie, nous invitent à nous interroger sur le rôle et l’impact des médias dans le processus de starification des artistes.

Le Bleu du Caftan, une leçon d’amour à l’état pur !

« N’ai jamais peur d’aimer » cette réplique de Mina résume toute la force du film et la beauté de l’amour. 

Si vous êtes à la quête d’un film passionnant, émouvant et poignant, Le Bleu du Caftan est celui que vous recherchez. Tout au long de ces deux heures, le spectateur suit Halime et Mina, un couple qui tient une boutique de Caftans au Maroc et qui sera rejoint par Youssef, un jeune apprenti qui partage la même passion pour la couture.

Durant le début de la projection, la réalisatrice Maryam Touzani insiste sur le fait que ce film représente l’amour de la transmission, le pouvoir de la loyauté et de l’amour pur. C’est exactement ces émotions que nous ressentons tout au long du film. En effet, Halime cache son homosexualité au monde extérieur mais est protégé par sa femme Mina, qui elle, est atteinte d’une maladie. 

Des multiples questions apparaissent tout au long du film, comment une femme peut-elle aimer un homme qui lui n’est attiré que par les hommes? Comment parler d’un amour pur puisque l’un joue un rôle ? C’est ce qui fait la beauté de ce film, la fidélité et la loyauté du couple nous émeut du début jusqu’à la fin. Un amour sincère qui, malgré ce que l’on peut prédire, est plus fort que tout. 

Outre l’histoire bouleversante et le jeu des acteurs, le film est une aventure artistique en lui-même. Les décors traditionnels, la culture marocaine et la musique posent le contexte du film et apportent une forte chaleur au film et à l’histoire. 

Le Bleu du Caftan, est un film rempli de tolérance, d’amour et d’émotion.

L’ACID présente sa sélection !

Par Pénélope Picard et Sara Nadjem

 

Rencontre avec Ina Seghezzi pour présenter la sélection Acid Cannes 2022.

Ina Seghezzi est une documentariste dont les courts et les longs-métrages sont régulièrement sélectionnés dans des festivals internationaux (Cinéma du Réel, FIDBA, FIFDH, Doc Outlook Nyon, Festival international du cinéma d’Alger…). Adhérente de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, elle était membre du groupe des cinéastes sélectionneurs de l’Acid Cannes cette année. Nous lui avons posé quelques questions pour connaître les dessous de la sélection.

Bonjour Ina, vous êtes membre du groupe qui a bâti  la sélection cannoise de l’Acid cette année, pouvez-vous nous expliquer comment est composée cette “équipe” ?

Bonjour ! Ce sont 15 cinéastes qui sont chargés de choisir les films. Nous sommes des adhérents de l’association Acid, choisis à tour de rôle, année après année. Parmi eux, nombreux sont les cinéastes dont les films ont été sélectionnés lors des années précédentes. Effectivement, tous les cinéastes sélectionnés signent une charte et sont invités à  intégrer  l’association et devenir adhérent de l’Acid.

Comment se déroule la sélection ?

Plus de 400 films ont été inscrits chaque année entre début janvier et fin mars. Une présélection est effectuée au fur et à mesure par des sous-groupes dès la réception des films pour réduire le panel. Les films présélectionnés sont visionnés par tout le monde. Puis vient la délibération début avril qui mène à ce choix de 9 films !

Avez-vous des critères de sélection précis ?

La particularité de la sélection ACID est qu’elle n’a pas de direction artistique à la tête du comité de programmation. Les 15 cinéastes programmateurs sont à égalité et le choix des films se fait dans un esprit de soutien aux films, afin de donner une visibilité à des films indépendants qui nous enthousiasment et que nous accompagnons  par la suite lors de leur sortie en salles. Pour qu’un film puisse être sélectionné, il faut qu’un certain  nombre de cinéastes se portent garant pour soutenir le film. Le choix se fait donc par coup de cœur pour un film, uniquement sur des critères cinématographiques. Les choix sont chaque année sujets à de longues discussions car évidemment il y a bien plus que 9 films que nous aurions envie de sélectionner.

Certaines règles doivent tout de même être respectées. Tous les films doivent faire l’objet d’une première française. Il arrive que des films aient été sélectionnés et projetés dans d’autres festivals, ailleurs dans le monde, la première mondiale n’est pas une condition sine qua non. Un des éléments cruciaux est que la sélection à l’Acid puisse aider à ce que le film trouve un distributeur. L’équipe permanente de l’Acid fait un grand travail en direction des distributeurs et aussi des exploitants pour les inciter à voir les films à Cannes.

La sélection est constituée de  documentaires et de fictions, représentées presque à égalité, avec une petite majorité de fictions. De même, sur les 9 films sélectionnés, 6 au moins doivent être français. Il n’y a pas de critère concernant les premiers films, les réalisateurs peuvent avoir réalisé plusieurs films auparavant.

Vous recevez beaucoup de films étrangers ?

Nous recevons de plus en plus de films étrangers, bien  plus que la moitié, depuis quelques années un grand nombre de pays comme la Chine et le Japon, mais aussi l’Amérique du Sud par exemple. Le choix de ces films est difficile, la qualité des films est élevée et il n’y a, comme je l’ai déjà mentionné, que 3 places pour eux dans la sélection.

Le fait que nous soyons tous des cinéastes en activité avec nos différents regards, apporte une vraie diversité au sein de la sélection.

Une fois la sélection faite, comment sont mis en avant les films durant le festival de Cannes ?

Lors du festival de Cannes, chaque journée est dédiée à un film. Il y a une projection le matin et une le soir. Elles sont ouvertes à tous et accompagnées d’un débat, en présence de l’équipe du film. Nous accueillons beaucoup d’exploitants lors de ces projections afin qu’ils puissent déjà se positionner pour une future sortie du film.

Et après ?

Il y a une reprise de la sélection cannoise dans les cinémas partenaires de l’Acid en France. Ça commence dès septembre au cinéma Le louxor à Paris ! Durant ces projections, les cinéastes sont présents pour accompagner le film et débattre avec le public. Pendant et après Cannes, l’Acid accompagne les films dans les différentes étapes de diffusion, c’est-à-dire la recherche de distributeur, la promotion, la programmation et l’accompagnement dans les salles de cinéma partenaires, les festivals et autres lieux culturels partenaires dans le monde.

Merci Ina !

Merci à vous, et n’hésitez pas à aller visionner les films Acid lors du festival ou au moment de leur sortie en salle !

 

La sélection Acid Cannes 2022

  • 99 moon de Jan Gassmann
  • Atlantic bar de Fanny Molins
  • La colline de Denis Gheerbrant et Lina Trismova
  • Grand Paris de Martin Jauvat
  • How to save a dead friend de Marusya Syroechkovskaya
  • Jacky Caillou de Lucas Delangle
  • Magdala de Damien Manivel
  • Polaris d’Ainara Vera
  • Yamabuki de Juichiro Yamasaki

 

Focus sur les Jeunes Ambassadeur.e.s

L’Acid a à cœur d’inclure les jeunes spectateurs dans sa mission de diffusion du cinéma indépendant. C’est pour cela qu’elle s’est entourée de Jeunes Ambassadeurs, des cinéphiles portant un regard nouveau sur les œuvres et la manière de les visionner. Ils sont conviés à des séances spéciales et des rencontres professionnelles au sein desquelles de nombreux cinéastes de l’Acid interviennent. Les JA ont pour rôle de communiquer sur les films de la sélection en organisant des événements et en rédigeant des critiques.

Chaque nouvel.le ambassadeur.e est le.a bienvenu.e donc n’hésitez pas à les rejoindre !

Le Festival de Cannes engagé pour un avenir durable

Le nouveau rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publié de 4 avril 2022 est formel : l’humanité doit réduire drastiquement sa dépendance aux énergies fossiles et limiter le réchauffement climatique le plus rapidement possible. La sonnette d’alarme est tirée, il convient maintenant d’agir ! 

Une étude d’Ecoprod publiée en 2020, a révélé que le secteur de l’audiovisuel et du cinéma en France rejetait 1,7 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année.

Ecoprod est une Association Loi 1901, à but non-lucratif et reconnue d’intérêt général, qui a vocation à assurer la mobilisation des professionnels du secteur audiovisuel dans la transition écologique du secteur.

Alors, premier événement culturel mondial, il était impossible pour le Festival de Cannes de passer à côté des problèmes environnementaux menaçant notre monde. 

©Festival de Cannes
©Festival de Cannes

Dès son édition 2021, le Festival a mis en place des actions environnementales concrètes. Avec pour ambition de repenser intégralement sa manière de produire, RÉDUIRE et AGIR sont devenus les maîtres-mots du Festival. Les problématiques prioritaires qu’il souhaite traiter concernent les émissions carbone et la gestion des déchets. Ainsi, les transports, les impressions papier, le tapis rouge et la moquette, ou encore la restauration ont été passés au crible pour trouver des solutions durables ou des alternatives. De nombreuses actions ont déjà été mises en place.

La suppression totale des bouteilles d’eau en plastique à la quinzaine des réalisateurs, est un énorme pas en avant qui permet de réduire considérablement la production de déchets plastiques. Effectivement, les chiffres étaient faramineux, avec plus de 22 000 bouteilles en plastiques distribuées en 2019. Dorénavant des fontaines à eau sont mises à disposition dans les différents espaces du Festival. Alors veillez à ne pas oublier votre gourde !

De plus, à l’heure où tout se digitalise, le Festival de Cannes se met à la dématérialisation, ce qui lui permet de baisser de 79% le poids de ses impressions. Certes, le programme officiel du Festival de Cannes version papier va nous manquer, mais il n’y a pas de petits sacrifices lorsqu’il faut sauver la planète !

Les partenaires officiels se sont aussi impliqués en décidant d’accompagner le festival dans sa démarche. Entre autres, le festival devrait ainsi être équipé d’une flotte de véhicules 100% électriques ou hybrides pour sa 75e édition.

Enfin, une contribution environnementale a été mise en place en 2021 auprès de tous les accrédités. Cette somme de vingt euros HT, à régler immédiatement après avoir demandé une accréditation, a pour but de compenser les émissions imputables au voyage et à l’hébergement des accrédités. Cette disposition inédite a permis au Festival de Cannes de récolter 515 189 euros HT en 2021. Une somme qui fut entièrement reversée à six projets environnementaux (locaux, nationaux et internationaux). Toutefois, si l’on admire cette initiative, savoir à l’avance dans quels types de projets notre argent sera investi, éviterait d’avoir l’impression que l’accréditation est devenue payante, alors qu’il n’en est rien. 

La cause est noble, et l’enjeu est majeur pour notre avenir. L’initiative du Festival de Cannes est vitale et c’est le fruit de cet effort collectif qui permettra de faire perdurer durablement le Festival ! En espérant que la grande notoriété de l’événement fasse écho à d’autres festivals et crée davantage de mobilisation dans l’industrie audiovisuelle.